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 [Zai et Dhan] De corvée patate au petit matin

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Dhan Daniels





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MessageSujet: [Zai et Dhan] De corvée patate au petit matin   Jeu 20 Jan - 20:21




Le soleil se levait sur le cap des jumeaux. Doucement, ses rayons découpaient les ombres rescapées de la nuit sur les sentiers boueux qui menaient à la petite base de la marine. L'air était frais et une petite brise marine venait caresser les joues des gardes postés en faction devant la porte d'entrée. Bref, les lieux étaient une caricature de campagne paisible, avec ses pommiers, ses meules de foins, ses vallons et ses paysans qui empruntaient les chemins rocailleux.
Le bâtiment gouvernemental avait été installé là depuis peu pour surveiller le passage des pirates qui tentaient d'accéder à GrandLine. On l'avait savamment construit au creux d'une épaisse crête rocheuse, le dissimulant ainsi aux yeux des moins attentifs. Hormis le bâtiment central qui comprenait plusieurs pièces, il y avait une petite cours d'entrainement ainsi qu'un cabanon qui servait de mess pour les officiers en place. Des grilles barbelées faisaient, quant à elles, le tour du périmètre de la base.

Depuis peu on avait constaté une activité anormale dans cette région. Le nombre de pirates arrivant avait pratiquement doublé sur quelques mois de temps. Aussi, avait-on jugé opportun de renforcer les effectifs sur place. Les gradés soupçonnaient l'intervention d'un groupe de malfaiteurs monnayant un moyen de traverser la montagne. Quelques rapports faisaient d'ailleurs état de la présence, sur les falaises, d'hommes avec d'étranges uniformes. Zai et Dhan faisaient parties des troupes de renforts qui avaient été rameutées sur les lieux. Seulement pour l'instant ça manquait cruellement d'action. Alors certes oui, certains avaient vu ces hommes, mais aucune expédition de recherche n'avait pu mettre à jour leur cachette. Aussi, les troupes de renforts demeuraient en attente à la base.

Le temps aurait pu avoir l'air long si Dhan n'avait pas découvert cette fantastique activité qui lui permettait de plonger dans ses pensées. Depuis son entrée dans la marine, l'un de ses atouts fut sa capacité presque surhumaine à éplucher les pommes de terre. Plus d'une fois il avait passé des journées entière à ôter l'épluchure de ce légume barbare. Bien que particulièrement maladroit avec un sabre ou un couteau de combat, lorsqu'il s'agissait de patate, il faisait preuve d'une dextérité telle que si elles avait eu une conscience, elles l'auraient considérer comme leur Némésis. Il était aux patates ce que l'hippocampe est au plancton, ce que le feu est à la glace, ce que le désherbant est aux bégonias, ... un ennemi mortel. Il parvenait avec seulement trois coups de couteaux à ôter la peau d'une pomme de terre tout en lui laissant exactement la même forme.

Ce jour là, le jeune marine avait décidé de se lever aux aurores pour peler une petite dizaines de bassines du précieux tubercule. Il sortit du bâtiment principal qui contenait les dortoirs et prit la direction du petit cabanon. Arrivé sur place il fut particulièrement surpris de trouver Zaï. Il l'avait déjà aperçue dans les couloirs de la base mais n'avait jamais discuté avec elle. Une chose l'intriguait... Etait-elle elle aussi friande de l'exercice ou l'avait-on forcée à accomplir cette tâche. Peu importait en vérité, mais Dhan se posait la question.

Discrètement il poussa la porte en bois, qui gémit au passage, et pénétra dans la petite pièce. Il adressa un regard, un signe de tête et un sourire à Zaï puis retourna un seau et s'assit dessus. Sans dire un mot il attrapa un couteau et l'une des bassines. Il sortit l'une des pommes de terres et ses doigts se mirent en mouvement. Calant son pouce derrière la lame tout en laissant son index et son majeur glisser sur la surface du tubercule il coupa une première bande de peau. Plus les morceaux tombaient à ses pieds et plus son mouvement était rapide. Bientôt il eut fait un sort à une bassine entière.

Tout en poursuivant ses découpes, il leva les yeux vers la jeune femme. Il observa les mouvements de ses doigts, cherchant quelque chose, un sens. Peut-être y avait-il un peu de lassitude, il n'aurait su dire.
Puis, se replongeant dans son exercice il se risqua à entamer la conversation

"Je m'appelle Dhan, et ça m'amuse de peler les pommes de terre"






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Zaï Lan Johns

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MessageSujet: Re: [Zai et Dhan] De corvée patate au petit matin   Ven 21 Jan - 19:58



    Ces créatures amidonnées se débattaient. Rétives et cruelles, elles se contorsionnaient dans tous les sens pour échapper aux mains de leur bourreau. La lame de fer qui fondaient sur elles les faisaient gémir de douleur. Un cri déchirant s'élevait du seau des captives, un hurlement comme seules les pommes de terre peuvent en émettre. A la fois terrifiant, sinueux, répugnant, teigneux, il emplissaient la pièce durant toute cette scène de torture. Leur assassin, les mains ruisselantes de leur sang, collantes, pleines de terre et de poussière elles s'acharnait sur la peau délicate, retirant, sadique, chaque portion de peau avec lenteur. La scène de crime était maculée, les débris de ces êtres écorchés vifs, tels les cadavres mutilés des petits enfants somaliens ayant sauté sur une mine anti-personnelle, quelque part dans le désert...

    De perles de sueur ruisselaient sur visage de cette maniaque armée d'un économe. La lame au clair, elle laisse retomber une nouvelle victime dans une marmite en cale sèche. Un rictus malsain zébrait ce visage rougi, et les doigts crochus se renfermèrent sur une patate innocente.

    La porte émit un gémissement, Zaï Lan releva la tête. Réflexe guerrier, probablement daté de son enfance, elle tint vivement son épluche-légumes comme un poignard. Mais ce n'est pas le fantôme de l'un de ses frères qui fit irruption mais un jeune homme brun, à l'allure plutôt frêle qui poussait la porte. Un brin déçue de ne pas être délivrée par un combat endiablé à coup des instruments de cuisines, elle retourna à sa besogne. Les pommes de terre vociférèrent de nouveau lorsqu'elles virent leurs secondes de répit terminées. Car, au lieu de subir une mort rapide et honorable dans les mains experte du garçon, le hasard avait voulu qu'elles fussent envoyés dans un seau destiné à l'officier de North Blue. Dans l'assemblée des tubercules, l'une défaillit même. Refusant, probablement de voir ses soeurs martyrisées ainsi, pendant des heures, pelée pan par pan de leurs peaux granuleuses. Parfois même pourfendues sauvagement pour chasser une tâche de naissance.... Cette sadique n'en finirait-elle donc jamais ? Pourquoi fallait-il que ce fut ce visage blafard qui fut leur ultime spectacle. Ah! Enfers et Damnations! N' ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? Clamait-elle de plus profond de son âme devant ce couteau vengeur ?

    "Je m'appelle Dhan, et ça m'amuse de peler les pommes de terre"

    Zaï Lan releva les yeux de son office. Deux flèches d'onyx se figèrent dans les yeux du garçons. Un regard si noir et ténébreux que Zaï s'étonnait-elle même du niveau d'agacement qu'elle parvenait à emmagasiner avant de se mettre à courir dans tout les sens ou à avoir recourir à une quelconque solution finale. Ainsi, cette besogne dégradante l'amusait ? Peler des tubercules indisciplinés le distrayait ? Cette situation de domestique ou de femme au foyer ne lui semblait pas dégradante ? Et bien à elle SI! C'était une honte, tout cela parce qu'elle avait jeté le Den Den du colonel par la fenêtre ? Mais n'était-ce pas sa faute, à cet homme répugnant ? L'obliger elle, pure et magnifique créature, de soigner gratuitement un civil ? Dépenser une dose de morphine pour lui amputer sa jambe ? Etait-il fou ? Croyait-il que Zaï était corvéable à merci ou qu'elle était devenue médecin pour sauver des vies ?

    "Je suis Zaï Lan."

    Elle regarda un instant ce garçon, le dévisagea, l'observa des pieds à la tête dans un sens, puis dans l'autre, s'arrêtant sur des détails intéressants... puis finir par se saisir de sa bassine, empoigner ses hanses avec hargne et la déposer devant ce fameux Dhan.

    "Pas moi. Je t'offre ça, pour ton bon plaisir."

    Annonça-t-elle de sa voix grave. Elle revint s'asseoir sur son tabouret à peu près aussi stable et perfectionnée que le seau sur lequel trônait le gueux. Un soupir long et rauque, comme un râle d'agonie s'extirpa de sa gorge. Elle baissa les yeux sur sa jupe noire et sa chemise blanche. Des tâches d'amidon maculaient sa tenue.
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Dhan Daniels





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MessageSujet: Re: [Zai et Dhan] De corvée patate au petit matin   Lun 18 Avr - 22:05




Dhan prit une grande inspiration et examina avec soins les patates qui dansaient entre les doigts de Zai. Enfin qui dansaient… c'était davantage le lac des canards boiteux que celui des cygnes, mais la détermination semblait y être.
Les pauvres légumes étaient tantôt mutilés et tantôt totalement dénaturés, parfois seulement un tubercule à l'allure un peu plus ronde, un peu plus régulière passait entre les mailles du filet et devenait une véritable denrée utilisable.
En saisissant la bassine que lui tendait la jeune femme, Dhan acheva le rituel des présentations :

"Enchanté Zai Lan"

Et il lui adressa un sourire amusé. Un sourire qui disait qu'il était sincèrement enchanté et qu'en même temps il compatissait.
Pendant de longs instants un silence gêné s'installa. Que pouvaient bien se raconter deux marines au petit matin devant un tas de pomme de terre ? Les banalités d'usage sur le temps qu'il faisait, n'avaient cours, à sa connaissance, qu'à partir du déjeuner. De quoi diable parlait-on avant le déjeuner ?
Désireux d'en apprendre plus sur sa collègue, Dhan se lança à l'aveuglette sur la première chose à laquelle il songea :

"Vous n'êtes pas mariée n'est ce pas ? Une femme marine, qui coupe les pommes de terre de manière aussi abrupte et qui lance des regards aussi noirs, ça doit en effrayer plus d'un… non vous n'êtes surement pas mariée"

Il lui fallut quelques instants pour réaliser que ses mots pouvaient éventuellement être blessant. Il se souvint d'un magazine "Sirène d'aujourd'hui" où il avait lu un jour une enquête qui portait sur les 10 questions à ne pas poser à une femme. Et si ses souvenirs étaient bon, la question "êtes vous mariée ?" arrivait seconde juste après la question "avez-vous mangé des brioches à l'ail ce matin ?". Pas qu'il fut dans ses habitudes de se plonger dans de telles lectures, mais un jour une femme placée sous son commandement avait oublié l'un de ces feuillets dans les latrines communes de l'équipage… et tout cela ne demandait de toute façon aucune justification !
Mais après tout, c'était là une question de fond, intéressante, basée sur une observation minutieuse de sa personne. C'était pertinent.
D'ailleurs historiquement cela se justifiait tout à fait. Les femmes guerrières étaient rarement attachées à un homme. Dhan songea que cela était certainement du au passé guerrier des hommes qui n'aimaient pas se voir concurrencer par leur protégée. Ils préféraient voir les femmes avec des pompons au bout des bras qu'avec des lames.
Les seules guerrières qui se mariaient étaient des femmes d'homme d'état, des êtres sanguinaires qui utilisaient le pouvoir de leurs maris pour assouvir leur soif de guerre. Et il ne lui semblait pas que la jeune femme qui se tenait devant elle appartenait à cette seconde catégorie. Déjà pour la simple raison que si elle était l'épouse de quelque puissant elle ne serait pas là à couper des patates. A moins que ce ne soit, comme pour lui, un passe temps. Mais à en juger par la forme des victimes, soit elle était passionnée par la sculpture sur légume, soit elle était là contre son gré. Ne reconnaissant pas les visages des amiraux dans les oeuvres de sa collègue, le jeune garçon opta donc pour le second choix. Ce qui faisait d'elle une combattante, mais pas une épouse. Fier de ses déductions, Dhan entrepris de glisser un petit compliment :

"En tout cas je suis sur que vous n'êtes pas la femme d'un riche homme de pouvoir"

Ne sachant trop si il avait touché juste il retourna à son exercice.

Puis, soudain, un bruit sourd retentit derrière lui. C'était le son d'une explosion et cela provenait de la petite cours d'entrainement de la base. A peine ce coup de canon avait-il fini de résonner que deux autres suivirent. Rapidement des voix firent entendre à leur tour. Soit on donnait l'assaut sur la base, soit Verner, le canonnier en chef, avait encore mal calibré son matériel et avait endommagé le baraquement qui servait de dortoir. C'était déjà arrivé trois fois ce mois ci.
Mais à en juger par la nature des cris, c'était peu probable.
Tout à coup la porte du cabanon s'ouvrit et un matelot interpella les deux officiers :

"On nous attaque, dans la cours, ce sont des ... Je ne sais pas mais ils nous attaquent !"
Sans demander son reste l'homme disparut dans la lumière du matin et sa voix rejoignit la cohue dans laquelle elle se noya.

C'était dégueulasse, pour une fois que Dhan prenait le temps de se détendre, voilà qu'on venait le déranger...
A n'en pas douter, Zai Lan devait être furieuse elle aussi.







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Zaï Lan Johns

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MessageSujet: RP EN COURS DE REDACTION   Mer 20 Avr - 17:31

    A son grand étonnement, le jeune homme si frêle repit la bassine à pleines mains avant de la poser délicatement devant lui. Dans ces yeux ronds brillaient une sorte de... réjouissance quant à ce spectacle si charmant: une armée de patates rebondies prêtes à être découpées. Sans trop y penser, le garçon commença à faire le travail du médecin à sa place. Un peu étonnée, elle le regarda faire. En effet, elle ne s'était absolument pas attendu à ce qu'il fasse si peu de manières... et certainement pas à ce qu'il soit aussi ravi. Non, elle pensait plutôt, que Dahn aurait boudé, protesté, accepté sous conditions - que Zaï Lan aurait évidement été disposée à satisfaire!. Mais, ce charmant idiot n'en fit rien. Et pendant un certain temps, tous deux ne soufflèrent mots.

    Zaï lan se leva donc, convaincue qu'elle pourrait aller prendre une bonne douche bien chaude sans que personne ne lui demande quoique ce soit. Une vraie journée de congé en définitive, pendant laquelle elle aurait joyeusement éclusé une pleine bouteille de rhum en fixant, comme à son habitude la photo d'Hei sur le mur de sa chambre. Dans d'infinies promesses d'ivrogne elle se serait milles fois jurée de l'attraper. Et elle aurait balancé un autre Den Den par la fenêtre de sa chambre.... Finalement, cette journée allait prendre une charmante tournure....

    "Vous n'êtes pas mariée n'est ce pas ? Une femme marine, qui coupe les pommes de terre de manière aussi abrupte et qui lance des regards aussi noirs, ça doit en effrayer plus d'un… non vous n'êtes surement pas mariée"

    "..."

    Zaï Lan le regarda. Il n'avait même pas levé les yeux vers elle et s'exprimait d'un ton badin. Mais sur son visage, son expression cangea imperceptiblement. Peut être s'était-il aperçu de son manque de finesse ? De toutes façons, Zaï ne se vexait pas pour ce genre de chose. D'autant qu'il épluchait ses pommes de terres à sa place! En s'éloignant un peu, choisissant de ne pas répondre aux questions réthoriques d'un pauvre officier, elle s'empara d'une spongieuse créature et nettoya son plan de travail. Il est bon de revenir quelques instants sur cette chose orangée qui, en ce moment, est catapultée par la jeune femme en direction d'un évier. En effet, il ne s'agit pas d'une quelconque éponge ménagère mais d'un animal particulier dont le destin n'a jamais indiqué qu'un triste jour il servirait à essuyer une scène de crime. Au contraire, le spongius spongius aussi connu sous le nom de Spongieux Royal est une petite créature dont se nourrissent les Géant des mers, principalement herbivore et qu'on trouve sur les sols abyssaux. Son corps mou et élastique lui permet de résister à des pressions qui feraient imploser un Chacalot. Peu agressif face à l'homme il arrive à des marins d'en apprivoiser et d'en faire leur animal de compagne. C'est donc ce rôle que remplissait la créature à l'égard du cuisto local, nommé en conséquence par l'homme: Titine.

    Ce même Titine donc qui valdinguait négligemment dans les airs s'écrasa contre une plaque de cuisson encore tiède. Une fin tragique en soit....

    "En tout cas je suis sur que vous n'êtes pas la femme d'un riche homme de pouvoir"
    "Je me contenterais d'un homme riche tout court."

    Avoua rêveusement la dit combattante en contemplant, ravie son plan de travail. Les trâces d'amidon n'avaient évidement pas disparues mais étaient soigneusement étalées sur la table. Zaï Lan trouva pourtant le résultat convaincant et même suffisamment admirable pour juger que son rôle ici était terminé!
    Son regard se tourna pourtant vers Dhan auquel elle avait répondu aussi distraitement qu'en toute franchise. Car si elle pouvait se marier avec un vieil impuissant proche du trépas, c'était parfait. Même plus besoin de travailler! Mais si en principe, son idéal féminin et l'idée à laquelle elle souhaitait se conformer était celle d'une femme libre, autonome et forte de sa profession, laisser un infirme la nourrir lui convenait finalement tout aussi bien étant donné le peu d'éthique dont elle était douée.

    Mais, alors qu'elle s'apprêtait à partir, un homme débarqua dans la cuisine déserte. Il hurla à pleins poumons qu'on les attaquait avant de repartir en beuglant à qui voulait l'entendre qu'on était toujours attaqué... Passionnant! Certainement était-il une personne digne d'intérêt et capable d'une discussion argumentée et instructive, mais personnellement, Zaï Lan n'avait pas envie de vérifier. Un silence s'en suivit pendant lequel grillait joyeusement Titine dans le fond de la pièce. Qui était assez stupide pour se risquer à attaquer une forteresse de la Marine remplit d'officiers oisifs ? Les pirates sous algues hallucinogènes ? Ou Révolutionnaires camés ? De toutes façons pour Zai, l'affaire était classée:

    "Je ne suis pas armée."

    Partisanne du moins effort, elle haussa tranquillement les épaules et s'assit de nouveau à côté de Dhan. Non pas qu'elle soit tiraillée par l'idée de lui tenir compagnie encore quelques minutes mais en restant planquée ici, son chef aurait probablement plus de mal à la trouver. Et, au besoin, s'il envoyait un mousaillon à sa recherche, elle assomerait le matelot avant de le planquer dans la chambre froide.

    A côté, d'elle, Dhan semblait furieux d'avoir été interrompu dans son épluchage de patates et affichait des yeux furibonds. Ce n'était probablement pas lui qui irait la dénoncer au responçable... du moins esperait-elle....
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Dhan Daniels





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MessageSujet: Re: [Zai et Dhan] De corvée patate au petit matin   Mar 26 Avr - 18:31





Elle se contenterait d'un homme marié. Oui, effectivement, cela collait pas mal. Si ce genre de femme ne recherchait pas la protection et la sécurité auprès d'un homme, elle devait chercher autre chose. Dhan opina silencieusement du chef en affichant un sourire satisfait. Ses yeux, quant à eux, ne perdaient pas leur cible de vue et continuaient de courir sur toute la surface défilante des pommes de terre.
Pourtant plus le temps passait et plus il devenait difficile de se concentrer sur cette récréation. Derrière lui dans la cour, on entendait brailler les marines et les assaillants et l'espace clos et étroit du cabanon était envahi par le chouinement d'une petite créature marine.
Le jeune officier établi mentalement l'ordre des priorités :

Le bruit le plus agaçant et le plus facile à éliminer était ce couinement qui provenait de l'une des plaques de cuissons. Bien qu'il fût accompagné d'un délicieux fumet, il était trop bruyant. Aussi, dans un mouvement rapide, Dhan se saisit de l'une des pommes de terre qu'avait épluché Zai Lan et la lança en direction de Titine. A défaut de servir de condiment présentable, les patates faisaient de bons projectiles. Certains semblaient même avoir été taillées pour offrir une meilleure pénétration de l'air. Le comestible percuta le spongieux qui fut bouté hors de la plaque, hors de danger. Toutefois ce dernier serait à jamais affublé d'une marque indélébile sur sa face ventrale.
Le premier problème était ainsi résolu.

Le second était davantage un dilemme qu'un véritable problème concret. Quelqu'un donnait l'assaut sur la base. Mais Dhan n'avait aucune envie d'aller se battre, tout ce qu'il voulait c'était éplucher des pommes de terre en bonne compagnie. Son objectif secret était de parvenir un jour à tailler de manière parfaite l'un des fameux tubercules. Tout l'art consistait à respecter la forme naturelle tout en la débarrassant de cette peau fort peu agréable à manger. Certaines légendes urbaines courraient sur des marines si indisciplinés qu'ils avaient pelé un million de pommes de terre et que la millionième était toujours parfaite. Dhan espérait ne pas avoir à attendre jusque là, mais l'immuabilité d'un tel résultat éliminait en lui la crainte de ne jamais y parvenir et entretenait la flamme de l'espoir. Un jour il y parviendrait, un jour il serait le meilleur d... bref.
Ce qui constituait en dilemme en réalité, c'était son serment envers la marine. Il était tenu d'obéir à tous les ordres. En prenant conscience de cet état de fait une porte de sortie apparut dans les ténèbres de son esprit embrumé. Il n'avait reçu aucun ordre. Oui la base était attaquée, mais personne ne lui avait donné l'ordre de la défendre. Et tant qu'il n'entendait pas un sergent demander des renforts, il pouvait demeurer en paix, traçant à coup de couteau dans la chair végétal le chemin qui le mènerait vers l'œuvre de sa vie.
Ainsi il anticipa le danger et se tailla deux bouchons d'oreille dans le cadavre meurtri d'une des victimes de Zai Lan et se les cala près des tympans. Il était ainsi à l'abri de tout appel et certainement qu'en criant il serait toujours capable de discuter avec sa collègue. Quel doux réconfort que celui du travail bien fait. Il posa une patate de plus dans sa bassine et en entama une nouvelle. Peu à peu ses traits pincés redevinrent sereins.

Une crainte pourtant le taraudait toujours. Si les ennemis avaient emporté des pièces d'artilleries, il était possible que la cabane soit prise pour cible et son travail ainsi interrompu. Il préféra oublier pour l'instant cette éventualité désastreuse, cette erreur tactique qui précipiterait le camp adverse dans les flots rageurs des ténèbres désincarnés.

Dhan préféra ramener ses pensées à une réalité plus immédiate, plus proche : sa jeune collègue. Cette dernière ne semblait pas décidée à s'en aller. Il songea donc que c'était le moment de lui parler du cadeau qu'il avait amené à son intention. En effet, devant la porte maintenant entrebâillée, on pouvait apercevoir un monticule d'un bon mètre cinquante de haut uniquement composé de pommes de terre. Dhan avait été trouver le chef de la base et lui avait demandé l'autorisation de s'occuper de l'intégralité du stock avec l'officier assigné à cette tâche ce jour. Le chef avait feuilleté son registre à la recherche du nom assigné à la corvée, puis un sourire large et dégoulinant s'était peint sur son visage. Tout en se frottant les mains à la façon d'un marchand de tapis qui vient de liquider ses invendus, il approuva la demande et y ajouta une condition :

« C’est d’accord. Mais vous direz bien à l’officier présent qu’il s’agit d’un cadeau et qu’il a intérêt à s’en montrer reconnaissant »

Ce à quoi Dhan avait répondu qu’il voyait mal comment on aurait pu ne pas se montrer reconnaissant pour une telle aubaine.

Ainsi, lorsque Dhan leva les yeux vers Zai pour lui annoncer la bonne nouvelle, son regard était pétillant et son sourire emprunt de bonhomie.

« Oh vous vous dirigiez vers la porte, c’est parfait. Prenez donc une seconde bassine et allez rechercher des pommes de terre dehors, on devrait avoir de quoi s’amuser jusqu’au diner ».

Dans le « Sirène d’aujourd’hui » numéro 182 du mois de mars de l’année passée, un article portait sur les réactions des femmes face à un cadeau. Toutes les réactions possibles et imaginables étaient répertoriées et analysées avec soin. Dhan s’en souvenait bien. Pendant un instant il se demanda si elle allait plisser les yeux et laisser sortir une canine – ce qui indiquerait un intérêt sincère mais masqué – ou si elle allait écarquiller les yeux tout en remettant ses cheveux en place d’un geste lascif – ce qui était révélateur d’un plaisir gourmand et mal contenu- ou bien encore si elle allait poser son index sur son menton en esquissant un sourire gêné- ce qui serait la manifestation d’un léger désappointement teinté du plaisir de recevoir -.
Toutefois il se souvint d’un article dans le « Pretty mermaid » du mois d’avril de la même année qui laissait entendre que l’index posé sous le menton était en vérité une avance inconsciente, sorte de reliquat d’une enfance trop éloignée de son père.

Dhan devait avoir consigné cela dans un carnet quelque part, mais il ne se souvint plus où. De toute manière cela importait peu dans l’immédiat.






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MessageSujet: Re: [Zai et Dhan] De corvée patate au petit matin   Jeu 28 Avr - 21:38

    Zaï Lan s'assit nonchalamment sur un meuble de cuisine, faisant tinter entre eux les ustensiles en fer. De son côté, Dhan ne paraissait pas particulièrement paniqué à l'annonce de l'attaque de la base. Certes ce n'était pas quelque chose qui arrivait tous les jours mais quand on sait que la moindre personne ici avait disposé d'un entrainement militaire de quelques années, c'était moins inquiétant. Toujours est-il que l'éplucheur de patates professionnel resta silencieux un moment, prenant le temps, dans le réduit qui lui servait de cerveau, de faire le tri entre les informations qu'il venait d'emmagasiner. Etrangement, la première chose qui ressortie de ce ménage de printemps fut une pomme de terre. Celle-ci fila telle une balle de pistolet du bac à patates torturées pour heurter l'éponge. Titine, percutée violemment décolla une nouvelle fois dans les airs pour retomber contre le carrelage dont la fraîcheur apaisa ses profondes brûlures ventrales. La pomme de terre finit, elle, sa course quelque part dans un coin obscur de la pièce, où peut-être la retrouvera-t-on d'ici quelques années.

    Zaï Lan, qui de son côté avait vivement baissé la tête pour ne pas être sauvagement décapitée, se redressa, légèrement énervée. Un rictus fiévreux tordait ses lèvres, traduction extérieure de sa vague envie de lapider le jeune homme à coup de tubercules. Mais elle se retint sagement, se contentant de faire les 100 pas, peut-être pour tenter de percer le sol ? Car l'énergie qu'elle y mettait était aussi effrayante qu'exubérante. Sous la pression de ses petits pieds enfoncés dans des bottes en caoutchouc trop grandes, le carrelage émettait un petit chuintement sympathique.

    Et soudain, alors qu'elle approchait pour la onzième fois dangereusement de la porte, le fameux Dhan leva sa petite tête et lança :

    «  Oh vous vous dirigiez vers la porte, c’est parfait. Prenez donc une seconde bassine et allez rechercher des... Les bottes de Zai émirent un "POUÏC" sonore  dehors, on devrait avoir de quoi s’amuser jusqu’au diner  »

    Zaï Lan s'immobilisa. Comme si elle avait été frappée par la foudre. Le visage choqué, blême; une main crispée dans le vide; l'un de ses pieds encore suspendu dans les airs; sa botte qui menaçait de la quitter définitivement... Elle ne dit rien et regardait le terrible battant de bois. Lorsqu'elle reprit ses esprits, sa main s'avança contre sa volonté de la petite poignée métallique. Les mots du garçon lui revenaient sans cesse à l'esprit... « de quoi s'amuser ». Ce n'était tout de même pas... Zaï ouvrit grande la porte, dans un mouvement de désespoir. Et, dans le brouhaha des hurlements de ses collèges, elle découvrit : un tas énorme de... [g]patates[/g]. Alors les foudres de l'enfer se déchaînèrent et Zai se sentie comme à l'agonie. Le souffle lui avait été coupé, et son cœur semblait s'être arrêté. Lorsqu'elle pu enfin inspirer ce fût pour lancer un interminable
    « HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA »

    vociférant avant de refermer la porte à laquelle elle s'adossa vivement. Comme pour empêcher le tas entrer lui-même. Elle n'arrivait pas à y croire. Non c'était impossible... Elle jeta un regard noir à l'éplucheur de patates. Elle ne voyait pas son visage mais elle s'imaginait très bien son petit sourire de pervers végétalophile ! Et ce ton sardonique, tyrannique qui avait fait vibrer sa voix lui revient aux oreilles « s'amuser... s'amuser... s'amuser ».

    Un instant, la jeune femme s'interrogea : devait-elle achever le garçon avec un bon coup de pomme de terre dans la nuque ? Non... trop risqué, elle risquait d'éplucher toute seule après...Ou partir et accepter de se battre ?... Non, finalement non. Elle préférait encore torturer de pauvres tubercules plutôt que de traverser toute la forteresse et affronter trois ou quatre pignoufs, toutes jambes de bois dehors.

    Elle projeta à la hâte et avec une précision mortelle quelques patates, de l'Evrest amidoneux jusqu'à la bassine vide. Enfin, elle referma la porte au nez d'un matelot, sans doute souhaitant les prévenir qu'ils étaient attaqués. Revenant à sa place, Zaï Lan n'avait pas encore saisit l'économe posé quelques minutes plus tôt qu'une pensée la troubla. Ses doigts restèrent suspendus au dessus du fatal objet. Quelque part, une pomme de terre lâcha un soupir de délivrance.

    « Dis moi mon gars... comme ça ce fait que tu ais autant de patates à éplucher ? »

    Elle n'avait pas relevé la tête, et s'adressait à lui d'une voix monocorde. Ses cheveux cachaient l'expression de son visage. Mais, tel un inspecteur de police qui vient de découvrir grâce à une preuve décisive de son équipier est en fait le violeur en série, un sourire troublé s'installa sur ses lèvres. Il y avait quelques choses de fatalement louche dans les mots de Dhan. Jamais aucune personne n'avait épluché autant de pommes de terre ! Jamais la direction du fort n'avait laissé lui échapper autant de tubercules, même à la Patate-Party de Noël... non il y avait quelque chose qui ne collait pas.

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[Zai et Dhan] De corvée patate au petit matin

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